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Helga (part II)

2026-03-06

Helga (part II)
Navet Confit
Avec Opið, Navet Confit propose un onzième album contemplatif presque entièrement instrumental, enregistré en Islande et présente l'extrait Helga (part II). Indépendant et affranchi devant l’éternel, le pilier underground offre une nouvelle collection joliment en marge de ce qu’il nous a offert jusqu’à présent, et tant mieux.

Le premier album de Navet Confit est paru il y a 20 ans cette année. Depuis, il en a produit neuf autres ainsi que nombre d’EPs, compilations et projets spéciaux. Il est prolifique, oui, mais c’est surtout en tant que réalisateur, mixeur d’albums et compositeur de musique pour le théâtre qu’il gagne sa vie. À ce point qu’à la fin 2024 il a constaté qu’il avait besoin de faire un pas de côté. Si ces contrats lui permettent de créer et l’inspirent énormément, il s’agit malgré tout d’un travail de création fait pour répondre à des commandes bien précises.

« J’ai ressenti le besoin de remettre la création pure au centre de mes activités. La création pour le plaisir, la musique qu’on fait sans se poser de questions, sans avoir de comptes à rendre à personne. La musique qu’on fait sans autre raison que parce qu’on aime faire cette musique ».

C’est suite à des échanges avec son amie de longue date Veronique Vaka qu’il a décidé d’effectuer un voyage qui se doublerait en résidence de création. Musicienne et compositrice, Veronique a quitté Montréal en 2012 pour poursuivre ses études en composition en Islande, où elle a rencontré son époux, le musicien Björn Pálmi Pálmason. Le couple l’a accueilli dans sa vieille maison de campagne à Selfoss en février 2025. Navet a traîné avec lui un sampler et quelques micros, a loué sur place du matériel d’enregistrement et a pu profiter des piano, violoncelle, xylophones et percussions de ses hôtes. Helga (part II) est l'une des rares pièces chantées sur l'album et fait partie d'une trilogie pop grunge krautrock au sujet du fantôme qui habitait la chambre où Navet Confit logeait à Selfoss.

Pendant cette résidence, le jour, il improvisait en solo ou en compagnie de ses hôtes. Le soir, il travaillait sur son sampler, assemblant des segments de séances. Les instruments disponibles n’étaient pas ceux qu’il utilise habituellement, ça l’a obligé à aller ailleurs. Il avait besoin de faire de la musique abstraite, contemplative et le saisissant paysage islandais a été une probante source d’inspiration (la pochette, c’est d’ailleurs une photo d’une plage de sable noir à Vík, ce qui représente bien l’aspect surréaliste de la nature de l’île). Il a aussi passé quelques jours dans une guest house sur le bord de l’océan à Stokkseyri, où il y avait un piano droit. Le processus a duré un mois, puis il a terminé l’album à Montréal, y ajoutant des pistes de batterie, de basse et de Wurlitzer, notamment. 

L’œuvre qui en découle est essentiellement instrumentale, on y retrouve seulement deux pièces avec des paroles. Et surtout, ça ne ressemble à rien de ce que Navet Confit a pu créer auparavant, c’est une instrumentation quasi classique qui meut l’affaire, des horizons de cordes, des percussions en ornementations, du piano préparé qui s’immisce, de l’archet apposé ailleurs. On y retrouve aussi du field recording d’océan, de cascades, de rumeurs de discussions. On y ressent l’immensité et la force de la nature autant que la réclusion et l’intimité, on y perçoit aussi bien l’étrangeté que la beauté. En résulte un album d’ambiances, de moments captés qui se présentent comme des souvenirs, entre musique de chambre, musique concrète et post rock, avec quelques moments indie rock, slowcore ou rock motorik.
 
Opið se traduit par ouvert, ce qui représente bien l’état d’esprit dans lequel il se trouvait là-bas, une ouverture intégrale à l’expérience, à l’instinct et aux hasards, aux paysages de l’Islande, aux apports sonores de ses hôtes. La démarche l’a sorti de ses réflexes habituels, l’a ouvert à la collaboration la plus totale (lui qui, la plupart du temps, travaille complètement seul), et les enregistrements lui sont encore thérapeutiques, ça lui rappelle que ce voyage et ces sessions l’ont réparé alors qu’il était épuisé. Opið, c’est un album bienveillant, c’est un acte de beauté et c’est maintenant à vous.
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